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Ce que plus de vingt ans derrière l’objectif m’ont appris (et que personne ne m’avait jamais dit avant)

Je vais vous faire un aveu : mes meilleures images sont celles que je n'ai pas prises.

Paradoxal ? Pas tant que ça. En vingt ans, j’ai compris que progresser, ce n’est pas en savoir plus. C’est savoir renoncer.

Au début, je voulais tout maîtriser. Nouveaux objectifs, nouvelles techniques, nouveaux logiciels. L’exposition parfaite, le piqué parfait, tout récupérer en post-traitement. J’ai appris tout ça. Résultat ? Ça ne m’a pas rendu meilleur.

Le vrai déclic est venu plus tard. Voici ce que j’aurais aimé qu’on me dise dès le départ.

1) Arrêter de déclencher, regarder mieux 

Aujourd’hui, je déclenche beaucoup moins qu’à mes débuts. Et pourtant, je conserve bien plus d’images. Comment ? L’editing ne commence plus devant l’écran. Il commence dans ma tête, avant même que l’appareil ne touche mon œil.

Chaque fois que j’appuie sur le déclencheur, c’est délibéré. Si je ne sais pas pourquoi j’appuie, je n’appuie pas. Cette discipline a transformé mon travail plus radicalement que n’importe quel nouveau matos.

2) L’instant prime sur la perfection

Un léger flou de bougé dans une image saisie au bon moment ? Cela me va, il ya des chances qu’elle vive.

Une netteté chirurgicale sur un instant foiré ? Cette image ne fera pas long feu sur mon disque dur.

J’ai mis des années à comprendre cette hiérarchie. Le timing n’est pas de la chance. C’est une forme d’anticipation qui se travaille et s’affine. On n’attrape pas les moments. On les attend au bon endroit.

3) Savoir partir : l’acte vraiment pas simple

Une belle lumière ne suffit pas. Un bon sujet non plus. Si les deux ne s’alignent pas, si la scène manque d’ossature visuelle, et surtout de sens, je tourne les talons. Sans regret.

Il ya quelques années, j’aurais surement passé du temps à chercher l’angle miracle, à forcer quelque chose qui n’existait pas juste parce que mon oeil non éduqué y voyait  un « instant » de potentiellement spectaculaire. Ce renoncement assumé m’a libéré.

4)Une focale, une vision

Bien avant de sortir, j’ai déjà fait mon choix et je sais quel objectif je vais utiliser. 28mm, 35mm, 50mm.
Cette contrainte volontaire élimine d’emblée tellement de possibilités. Et c’est exactement pour ça qu’elle fonctionne. Moins d’options, plus de clarté.

Et croyez-moi, la cohérence d’une série se construit dans ces micro-décisions répétées.

5) Soustraire plutôt qu’additionner

Les photographes débutants cherchent à tout inclure, il faut en faire des caisses et que ca impressionne par sa complexité.

Les photographes plus avancés, à moins de voiuloir coller au style très particulier d’Alex Webb, cherchent à simplifier. Chaque élément superflu dans le cadre dilue le sujet principal. Et pour le coup, la force d’une image se mesure souvent à ce qu’on a eu la pertinence et l’audace d’en exclure.
Less is more!

6) Laisser l’obscurité gagner

Le petit dernier pour la route : longtemps, je voulais tout bien équilibrer, et qu’aucun détail ne se perde.
Aujourd’hui, je laisse des zones entières disparaître dans le noir. Ce n’est pas une erreur. C’est une direction. L’œil a besoin qu’on lui montre où aller. Les ombres servent à ça.

Conclusion

Rien de tout cela n’est spectaculaire. Ces petits « trucs » sont même assez banals. Mais discrètement, ils ont transfromé d’une certaine manière ma façon de voir.

La vraie maîtrise, je l’ai compris tardivement, ne réside pas dans les réglages. Elle réside dans le discernement.

 
 

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